Voyage aux Sorlingues

Les huit marins intrépides qui se sont donné rendez-vous à Brest au port du moulin blanc, apprivoisent leur magnifique Océanis 45, Ezodi, loué chez Eridan Naviroise, en passant une première nuit fraîche à quai, mais dans le carré une chaude ambiance était déjà présente !

Première escale : l’aber Ildut à 28 milles de Brest, le plus petit de la côte du Léon, connu pour ses carrières de granit d’où proviennent les pierres du socle de l’obélisque de la Concorde. L’amarinage de la première étape s’étant bien passé, nous nous octroyons de belles balades dans le village de Lanildut, qui offre des vues magiques sur la rivière.

Le 3° jour, départ dans la matinée pour 21 heures de navigation en direction de St. Mary’s, une île des Scilly, à 115 miles nautiques. Après la prise d’un ris de précaution pour la nuit, les équipiers de quart, bien couverts et réchauffés par une bonne soupe noodles façon Bolino, peuvent tirer tout droit au près à 6 noeuds de moyenne, grâce à un vent qui adonne suffisamment pour nous éviter de tirer un bord en fin de parcours. C’était sans compter avec la traversée des rails de navigation commerciale heureusement pas trop fréquentés, et les pêcheurs qui eux, tournent en rond de façon difficilement prévisible… Une des équipes de quart à dû faire deux virements de bord pour éviter un chalutier! Les deux heures de quart passent vite à observer les nombreux dauphins qui nous accompagnent, et vers 7h00 nous embouquons le St. Mary’s Sound.

Les îles Scilly sont un archipel du bout du monde de 140 îles et îlots, dont 5 sont habitées : St Mary’s, St. Agnes, Tresco, Bryher, et St Martin’s. Prise de bouée devant Hugh Town et petit déjeuner bien mérité dans le cockpit sous un grand soleil et un beau ciel bleu en observant le joli petit paquebot à l’ancienne qui fait la liaison avec Penzance. En attendant l’autorisation d’affaler notre pavillon jaune et de pouvoir débarquer, les formalités de douane et d’immigration gérées de main de maître, via internet, par nos deux geeks prenant “un certain temps”, c’est la baignade pour tous (ou presque) dans une eau très fraîche. Ça réveille ! Mais ils sont intrépides, nos marins!

Forts de notre clairance enfin délivrée, nous mettons pied à terre, à la découverte de Hugh Town, typique village anglais des îles océaniques, je pense aux Malouines : architecture sévère et austère mais adoucie d’une profusion de massifs floraux exubérants qui s’immiscent partout. Bière locale pour tous au “Pilots Gig”, pub typique très fréquenté et dépaysant. Les Gigs sont d’anciennes pilotines et canots de sauvetage effilés, genre Doris, à 6 rameurs et un barreur. On voit partout dans la baie des équipages qui s’entraînent pour de futures régates. J’achète des fudges, spécialité locale, sorte de caramels mous au goût sable, plâtre et farine blanche, qui écoeurent tout le monde…J’en ai encore 2 paquets, si vous voulez passer commande…

Le 5° jour, nous passons par broad sound, derrière St Agnes, à proximité de Bishop Rock, phare célèbre, pour aller observer au plus près des phoques se prélasser au soleil. Puis par le nord nous entrons dans le détroit de New Grimsby, entre Tresco et Bryher, pour mouiller dans ce lagon paradisiaque aux eaux turquoises, dominé par la silhouette “Génoise” de la tour de Cromwell’s castle. Nous débarquons sur Bryher, parsemée de petites maisons de granit, aux volets bleus marine et de murets de pierre enfouis sous une profusion de fleurs et de plantes grasses exotiques. Sous le soleil, les plages sont d’un sable blanc immaculé, nous sommes tous enchantés! Hélas, pas de pub à l’horizon, mais notre cambuse regorge de victuailles amoureusement préparées par les maîtres coq du bord qui se surpassent tous les jours pour nous régaler et le rhum coule à flots!

Au matin du 6° jour, nous débarquons sur Tresco, pour y visiter les fameux et luxuriants “jardins de l’abbaye”, protégés des vents furieux qu’on imagine en hiver, au sud de l’île, face à St. Mary’s. Végétation étonnante, sommes nous dans l’océan indien, à Rodrigues, dans les Caraïbes ? La raison s’égare, les bateaux aussi, comme en témoigne l’étonnant musée qui présente 30 figures de proues de navires échoués dans les parages, dont celui de l’amiral Nelson, le HMS Colossus au lendemain de la bataille de Trafalgar. Le 7° jour nous levons l’ancre, pour retourner à Hugh Town, St Mary’s, où nous avons nos habitudes au pub local le Pilots Gig. Que seraient les marins sans les bars à matelots!

Le 8° jour, il est temps de mettre le cap sur Land’s End, Cornouaille britannique, à 38 miles au nord est, pour mouiller dans la baie de Penzance, au pied du St Michael’s Mount, monastère construit par les moines du Mont St Michel (Guillaume le conquérant oblige) devenu propriété privée, luxueusement aménagée et ayant reçu la visite de la Reine d’Angleterre pour le thé, mais nous ne sommes pas en reste sur le bateau avec la théière en Wedgwood bleue d’Yves Michel qui nous sert le thé régulièrement à 17h00, sur toutes les mers du globe, qu’il pleuve, qu’il neige ou qu’il vente.

Le 9° jour, après la visite du Mont, nous cinglons vers le cap Lizard, le plus au sud des côtes anglaises, célèbre marque de parcours des courses transocéaniques à la voile et juge de paix pour le ruban bleu attribué aux paquebots les plus rapides. Nous atteignons l’embouchure de Helford River où De Gaulle à débarqué en 40, à l’heure du thé, pour recevoir la visite des Border forces : 6 grands gaillards gantés, casqués, tout de cuir noir vêtus, façon guerriers Ninjas, sur un zodiac noir sorti tout droit du film “Water world”. Un grand moment d’émotion à bord ! Il est vrai que la Naval Air Station de Culdrose se trouve à proximité. Dès que nous eûmes montré patte blanche, pour nous remettre de nos émotions, nous nous précipitâmes, devinez où ? au pub local, le “Ferry boat” à Hellford Passage, agréable terrasse avec vue sur cette belle rivière.

10° jour, traversée retour vers l’Aber Wrac’h, 16 heures de joies de navigation à 6 nœuds de moyenne, vent favorable, un seul bord, dauphins, rails montants et descendants, noodle’s soup, coucher et lever de soleil, le bonheur ! Jour 11 : Retour en mer d’Iroise, nous nous présentons devant l’aber Wrac’h avec les derniers feux du phare de l’ile vierge, le plus haut d’Europe. Balade à pied pour les uns, balade à vélo jusqu’à l’aber Benoît pour les autres. Observation de la récolte du goëmon, et du départ de la course trans-manche aller retour Aber Wrac’h-Plymouth.

Jour 12 : départ au moteur dans la brume pour rallier Ouessant, mouillage devant le petit port et balade dans la lande magnifique, vue sur les impressionnants rochers chaotiques devant le phare de Créac’h, le plus puissant d’Europe. La journée se termine… au pub le Ty Korn, qui n’a rien à envier aux pubs anglais…. Jour 13 : retour vers Camaret, sous magnifique spi asymétrique bleu, géré par Camille et François, nous explosons notre record de vitesse à 12 nœuds ! Amarrés au ponton, devant la carte postale que font la tour Vauban, le cimetière de vieux bateaux de pêche en bois et la vieille église, nous partons à la recherche du fameux curé…

Le dernier jour, sous le crachin breton nous repassons le goulet de Brest, pour aller mouiller devant l’ile longue à Roscanvel, pour un dernier repas avant de rallier notre port d’attache avec des images et des souvenirs plein la tête. Tout l’équipage était d’avis unanime, cette croisière était exceptionnelle : la nav, l’organisation des escales, la cuisine, la vie à bord, grâce à notre capitaine Vincent, à son second Philippe M, aux cuistots Yves-Michel, Philippe P, François et Henri et au nouveau membre de VCL, Camille qui a fait l’unanimité contrairement à mes fudges… Merci à tous et à VCL.

Eric